Archive for the 'chroniques de blogosphère' Category

Louez un blogueur

Chroniques de blogosphère, suite: l’article qui suit est paru dans l’édition de décembre 2006 de Com.in (magazine de la communication et des médias édité par la FRP)

Louez un blogueur

14 décembre 2006

Il y a quelque chose de pourri au royaume des blogs. L’émergence du journalisme citoyen, qu’ils disaient. Ces milliers de nouvelles voix qui contribuent à rendre le débat plus clair, entre les médias traditionnels et les communiqués des entreprises. Soyez prévenus. Certains ne vous diraient pas toute la vérité.

Au fil des jours, le blogueur écrit sur ce qu’il aime, évoque ce qu’il fréquente, raconte ce qu’il consomme. En toute indépendance. Autant de publicité gratuite au bénéfice des marques citées. Et, quelle crédibilité: c’est de sa vie dont il parle, spontanément, sans toucher d’avantages particuliers.

Les marques ont vite compris le potentiel. Les vins Stormhoek jouent clairement la stratégie blogs : pour positionner son produit dans de jeunes cercles consommateurs dans le monde entier, la marque offre des bouteilles aux blogueurs, organise des «geek dinners» pour jeunes passionnés de la technologie en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, et blogue, logique, ses efforts de promotion via son propre site également.

D’autres sont plus discrètes. Stokke, équipementier pour enfants scandinave, a accompagné le lancement d’un nouveau produit en France en offrant une cinquantaine de poussettes plutôt design à de jeunes parents parisiens. Certains d’entre eux étaient blogueurs.

Aucune obligation d’en parler, un cadeau gratuit. Chacun fait ensuite selon sa déontologie. Le lien est généralement clair: l’usage d’une «disclosure» est de pratique courante.

Si je vous parle de ce boulanger, c’est que j’ai une aventure avec sa femme. Quand Loïc parle d’une start-up dont il partage les intérêts, il le dit clairement. Grand fana de la course à pied, il teste pour vous le Nike + iPod? Il ne cache pas qu’on lui a demandé son avis.

Jusqu’où peuvent aller les annonceurs? Rémunérer des voix extérieures pour publiciser son message, l’idée n’est pas neuve. Mais depuis peu, la voix citoyenne peut être achetée à l’insu du lecteur. Pay per Post paie ainsi le blogueur. Pour écrire sur un sujet donné. Avec ses mots à lui.

Dans la bulle web 2.0, on croit au potentiel de ce vecteur. Début octobre, cette start-up née en 2006 a annoncé avoir levé 3 millions de dollars en capital-risque. Son but avoué? Lancer la révolution de la publicité générée par le consommateur. Concrètement, la plate-forme met en relation des annonceurs et des supports, qui les paient pour créer des messages personnalisés adressés à autant de micro-audiences.

Les supports, ce sont les blogs. Et le blogueur est payé pour ne pas dire qu’il écrit au nom d’une marque.

* * *

Note: ce billet a été rédigé le 26 octobre 2006. Le 30 octobre, Pay Per Post annonçait un changement de sa stratégie et le lancement de DisclosurePolicy.org, un site « destiné à fournir aux blogueurs les outils nécessaires pour être transparents envers les lecteurs à propos du contenu de leur blog »:

« This site is designed to provide you with the tools you need to provide transparency to your readers about the content on your blog. By including a disclosure policy you are protecting the integrity of your blog and providing a service to the advertisers, sponsors and organizations that you support you. Disclosure encourages trust amongst your readers and promotes an ethical blogosphere ».

Les blogueurs sont donc dorénavant invités à indiquer quand ils parlent au nom d’un annonceur. Un pas dans la direction de la transparence.

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Mais où donc va s’arrêter la vidéo de Matt?

Chroniques de blogosphère, suite: l’article qui suit est paru dans l’édition de septembre 2006 de Com.in (magazine de la communication et des médias édité par la FRP)

Mais où donc va s’arrêter la vidéo de Matt?
19 septembre 2006

Matt Harding danse. Autour du monde. Plus d’un million et demi de trois millions de spectateurs ont déjà rêvé en assistant à sa performance. Pourtant, Matt n’est pas danseur étoile, mais un jeune programmeur de jeux vidéo qui réside à Seattle (USA).

Matt, en fait, ne sait même pas vraiment danser. Il l’avoue sur son blog, c’est plutôt une « série coordonnée de mouvements en rythme » qu’il effectue. Il a eu l’idée de se filmer lui-même en train de se déhancher devant les plus célèbres monuments de la planète lors d’un périple qui l’a mené autour du monde en 2003. Mis bout à bout, ces moments forment un clip vidéo de trois minutes environ. Une parfaite invitation au voyage.

Diffusée via le Net, la vidéo a rapidement connu un succès certain. Une musique envoûtante (le tube Sweet Lullaby du groupe Deep Forest), des endroits de rêve, tout pour plaire rapidement aux internautes qui ont diffusé la vidéo autour d’eux, bel exemple de diffusion virale.

L’an dernier, l’idée d’un nouveau tour du monde démange Matt. Il contacte un sponsor, la marque de chewing-gum Stride. Leur baseline? Le goût qui dure plus longtemps. Un accord parfait avec le concept du voyage de notre ami, qui visitera cette fois pas moins de 39 lieux considérés comme des merveilles du monde.

Cadbury-Schweppes a eu fin nez. « Where the Hell is Matt? », version 2006, rencontre un succès fulgurant. Vous l’avez peut-être reçue par email. Ou vue sur un des milliers de blogs qui ont publié la jolie histoire qui va avec.

Mieux encore, le clip figure dans le top 100 des vidéos les plus regardées sur YouTube, une des principales plateformes de diffusion de vidéos générées par les utilisateurs. Le compteur indique déjà 1,7 3,1 millions de téléchargements pour la vidéo mise en ligne par Matt Harding lui-même, dont près d’un demi-million pour le seul mois de juillet 2006.

Mais ce chiffre est largement inférieur à la diffusion réelle. Sur YouTube, la recherche sur les mots-clés « Matt Harding » génère plus de 200 résultats, « Dancing Man » plus de 3000 6000, « Where the Hell is Matt » plus de 60 100, et ainsi de suite. Quelques parodies plus ou moins réussies dans ces résultats, mais de nombreux utilisateurs ont chargé eux-mêmes la vidéo originale, générant ainsi également des dizaines centaines de milliers de vues sur leur compte.

Il est sans aucun doute impossible à l’heure actuelle d’additionner tous ces chiffres épars. Et encore, comment estimer le nombre de vues par les récipiendaires de la vidéo par email?

Un vrai casse-tête pour l’analyste de Stride qui cherche à calculer son ROAS, non?

**

Note: entre le moment de la rédaction de cette chronique pour le magazine Com.In et la publication de celle-ci sur ce blog, les principaux chiffres ont déjà doublé!

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Récompenses pour voix citoyennes

Chroniques de blogosphère, suite: l’article qui suit est paru dans l’édition de juin 2006 de Com.in (magazine de la communication et des médias édité par la FRP)

Récompenses pour voix citoyennes
23 juin 2006

Ce printemps, les blogs suisses – du moins les meilleurs d’entre eux – se sont retrouvés sous les feux des projecteurs médiatiques, via deux concours. Les Swiss Blog Awards, d’abord. Une jolie invention alémanique qui par la magie des nombres n’a retenu en finale que des blogs en allemand ou en anglais. Normal quand les blogs sélectionnés pour le concours sont suggérés par les lecteurs, et que ceux-ci, s’ils représentent la Suisse entière, peuvent fort bien parler allemand pour les deux tiers d’entre eux, français pour un cinquième et italien pour un seizième seulement.

Polémique, vous avez dit polémique? De nombreux blogueurs romands ont exprimé leur courroux d’avoir été écartés de cette célébration. Lettre ouverte aux responsables, coups de gueule passionnés sur de nombreux blogs welsches, rien n’y a fait. Seuls des Alémaniques, à deux ou trois exceptions près, ont fait le voyage à Bienne pour assister à la cérémonie de remise des prix.

Ironie pour une récompense nationale, les Swiss Blog Awards ont finalement récompensé… une Anglaise. « Don’t mention the skiing » est la création d’Heather, une citoyenne britannique qui a commencé à écrire pour meubler sa solitude, lorsqu’elle est arrivée en Suisse il y a trois ans pour suivre son mari. « Génial, tu pourras aller skier! » l’ont félicitée ses amis restés en pays d’Albion. « Mais je ne skie pas! » s’est écriée Heather, qui profite du temps ainsi gagné pour raconter avec humour et finesse ses aventures au pays d’Heidi.

Coïncidence de calendrier, c’est à peine quelques jours plus tard qu’une autre blogo-célébration a eu lieu à Zurich. La Souris d’Or a notamment distingué parmi 160 candidats le blog de Bruno Giussani, journaliste et auteur tessinois bien connu en Suisse Romande pour avoir lancé le Webdo. « Lunch over IP » couvre avec intelligence et clarté les impacts de la technologie sur la société. Un must.

Sans surprise, le « Bondy Blog » a remporté la palme dans la catégorie « vécu ». Né d’une initiative du magazine l’Hebdo lors des manifestations qui ont secoué la France l’automne dernier, le Bondy Blog est rapidement devenu un lieu de discussion fort fréquenté. Il illustre parfaitement la transition du journalisme traditionnel vers le journalisme participatif.

Enfin, dans la catégorie « politique », le jury a attribué le premier prix à « Une voix pour la Boillat« , consacré au conflit Swissmetal à Reconvillier. Ce blog symbolise bien l’utilisation de ces nouveaux espaces virtuels par des communautés unies autour d’une idée ou d’un combat.

Voix citoyennes qui s’élèvent dans le débat en contre-point des médias traditionnels, ces blogs engagés que l’on récompense aujourd’hui préfigurent de nouvelles formes de communication.
Félicitations à ces pionniers.

Libre d’écrire, plus

Chroniques de blogosphère, suite: l'article qui suit est paru dans l'édition d'avril 2006 de Com.in (magazine de la communication et des médias édité par la FRP)

Libre d'écrire, plus

Ma réd’ en chef me pose une colle: quelle différence de ton entre les journaux et les blogs?

Pour Loïc Le Meur, vice-président de la plate-forme Six Apart et blogueur influent, il ne faut pas confondre ces nouveaux moyens de communication avec les médias traditionnels.

 

«Les blogueurs ne se prennent en général pas pour des journalistes. Ils écrivent leurs opinions et leurs sentiments sur tout ce qui leur passe par la tête et surtout pour leurs amis. Par contre, certains blogueurs deviennent des professionnels de même que certains journalistes bloguent.»

(source)

 

En France, Libération met en avant les blogs de ses journalistes sur son site. Le Monde prolonge même l’expérience en invitant les abonnés du journal à créer leur blog sur sa plate-forme, dont les billets voisinent avec ceux des journalistes qui bloguent. En avril sort en kiosque le numéro 3 de Netizen, mensuel consacré au phénomène de la prise de parole des individus sur le Web. Cette fois ce sont les écrits des blogueurs qui sont imprimés, joli retour des choses.

Blogueur ou journaliste, cherchez la différence. Ecrit-on vraiment d’une autre façon? Sur un blog, il est de bon ton de revendiquer ses paroles par l’usage du «je». C’est moi qui assume mes écrits. Je personnalise le récit en utilisant un ton familier. Avez-vous souvent lu une dépêche d’agence où l’auteur partage son émotion avec le lecteur? Le journaliste ne dit jamais je, lui.

Au bouclage d’un journal, mon article est relu et corrigé par le secrétariat de rédaction. Tandis que personne ne me relit avant que je publie une note sur le web. Ce sont les lecteurs, par le biais des commentaires, qui rectifieront mes erreurs. À une vitesse impressionnante parfois.

Sur mon blog, je peux m’étaler. Ou pas. Un billet peut ne faire qu’une ligne, ou n’être qu’une photo même pas légendée. Mais je peux noircir des dizaines de milliers de signes si l’envie s’en fait sentir. L’espace ne m’est pas compté. Au contraire des rubriques des quotidiens dont le format doit être respecté à vingt signes près.

Aussi, je publie quand je le veux bien. Rien ne m’inspire, tant pis. Trois bonnes nouvelles à transmettre, allez! Trois notes du jour en ligne. Pas de tri au moment du bouclage parce que l’actualité trépidante a fait dérailler un train ou exploser une bombinette quelque part, reléguant l’actualité tiède au placard.

Cette liberté a un prix bien sûr. Formé aux règles de son métier, le journaliste est un professionnel payé pour sa production. Le blogueur, lui, écrit par passion.

Anne Dominique Mayor, journaliste et blogueuse
Blog : Prismes et planches

Chroniques de blogosphère – Bienvenue dans la conversation!

Je vous disais il y a quelques semaines mon intérêt pour l'art de la chronique. Entre-temps, le magazine Com.in (magazine de la communication et des médias édité par la FRP) m'a passé commande d'une série de chroniques… sur la blogosphère.

Voici la première, particulièrement longue – près de 5000 signes! qui est parue dans l'édition papier de mars 2006 de Com.in.

Chroniques de blogosphère – Bienvenue dans la conversation!

Robert Scoble a changé la manière dont Microsoft communique en bloguant. A LIFT 06, il a encouragé les entreprises à entrer en conversation avec leurs clients.

On ne présente plus Robert Scoble, de passage à Genève début février pour la conférence LIFT 06. Le plus célèbre des employés-blogueurs chez Microsoft est un des 30 blogueurs les plus lus au monde. Quand il a commencé à bloguer, il n'a pas demandé la permission à son employeur. «Je ne suis pas persuadé que je l'aurais obtenue, d'ailleurs», sourit-il.

Au jour le jour, à travers des milliers de billets, son Scobleizer parle de tout, de rien, de voyages, des gadgets qui l'amusent, de nouvelles technologies sur le point d'éclore. Robert raconte son quotidien. Avec franchise, il donne son avis sur le monde et même sur les produits de son employeur. Il converse avec de nombreuses personnes, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'entreprise.

Pourquoi tout ce fuzz autour des blogs? L'évangéliste de Microsoft explique. La réponse numéro un, c'est Google. Les blogs régulièrement mis à jour caracolent en tête des moteurs de recherche. Je dois installer une baignoire dans ma villa, je recherche un professionnel: à ma gauche, un site web «plombier, à votre service à Genève. Site mis à jour en 2002». A ma droite, un blog. Où j'apprends dans la note du jour comment changer une douche, photos à l'appui.

A quel professionnel vais-je choisir d'accorder ma confiance? A celui qui assume que je vais payer pour son savoir-faire ou à celui qui me démontre son expertise?

Technorati suit 1,2 million de billets par jour, soit 50'000 billets par heure. Début 2006, la blogosphère double tous les trois mois. Vous savez envoyer une photo par email à un ami? Vous savez bloguer. Des douzaines de solutions clé en main vous attendent sur le web. A la portée de chacun, ou presque. «Si un tailleur de Savile Row sait tenir un blog, tout le monde peut le faire». Hugh MacLeod, publicitaire indépendant et gourou anglais en ligne, conte à un public médusé comment un tailleur devient riche en bloguant.

My tailor is rich
Les costumes sur mesure à 2000 pounds de Thomas Mahon, Bespoke Tailor à Savile Row, se vendent comme des petits pains dans le monde entier. Plus de cinquante demandes de rendez-vous viennent de lui parvenir sur sa boîte aux lettres électronique. Cela, depuis que Thomas blogue. Sur Englishcut.com, il définit avec élégance ses prestations de tailleur londonien. En un an, il a élargi son audience de manière appréciable. «Créez votre micromarque globale!» Hugh MacLeod poursuit. «Considérez les consommateurs comme des personnes vives et intelligentes, ce qu'elles sont».

 

Nobody reads my blog by Gapingvoid

(image courtesy of Gapingvoid.com)

On ne triche pas avec la blogosphère
La blogosphère ne veut pas être manipulée. Chacun est libre sur son site de commenter tel ou tel sujet. Rien ne garantit le contrôle de la conversation. On peut séduire le blogueur bien sûr: des dizaines ont spontanément raconté sur leur journal quotidien en ligne qu'ils avaient reçu une bouteille de vin gratuitement. Joli coup de projecteur sur la marque Stormhoek qui a doublé ses ventes en dix-huit mois depuis qu'elle même blogue.

On peut aussi subir le courroux de la blogosphère avec une communication maladroite. Rappelez-vous l'été dernier. L'expérience malheureuse de cette grande marque de cosmétiques française. S'inspirant de la vague croissante, le marketing chargé de la promotion d'un nouveau produit avait créé un faux journal intime sur le web. Le journal de Claire, la trentaine, qui va déjeuner en ville et échange avec ses copines des trucs pour les problèmes de peau en papotant autour d'une salade.

Le procédé a donné des boutons aux internautes qui ont flairé la supercherie en moins d'une semaine. Dans les jours qui ont suivi, Vichy a dû faire marche arrière tellement la réaction des blogueurs a été virulente. Confession publique, mea culpa, l'équipe a demandé et recueilli des suggestions afin de reformater un nouveau blog, qui affiche depuis clairement son ambition infocommerciale.

Conversez!
«N'ayez pas peur.» Robert Scoble se veut encourageant. Il invite les entreprises à davantage pratiquer le corporate blogging. «C'est une conversation. Venez, nous parlons de vous!» Oui, l'information se propage très rapidement. Un soir, Robert repère une centaine de billets sur le web à propos d'un nouveau produit de Microsoft, une annonce qui ne devait avoir lieu que plus tard. En douze heures, pas moins de 1200 blogs avaient relayé la rumeur. L'information peut passer à la première page du New York Times en 48 heures. «Vous ne contrôlerez pas la conversation. Adoptez la transparence. C'est une nouvelle relation avec vos clients. Tout le monde va y gagner.»

Anne Dominique Mayor


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